Air Inuit

Des verts dans la toundra

 

JOUER AU GOLF AU NUNAVIK PEUT SEMBLER IMPROBABLE, MAIS POUR LES PASSIONNÉS, LA TOUNDRA EST UN TERRAIN EXTRAORDINAIRE.

PAR ELISE DANIELLE LEGAULT / PHOTOS ALEXI HOBBS

Une pelouse parfaitement entretenue et bordée d’arbres luxuriants, des polos bien repassés, des caddies surchargés et des voiturettes de golf rapides, voilà à quoi tout le monde pense quand il s’agit de golf. Pourtant, dans la toundra, les choses sont différentes. Buissons, rochers, moustiques et rafales de vent ne sont que quelques-uns des obstacles auxquels les golfeurs doivent faire face. Quand on joue au golf au Nunavik, on n’est pas seulement en compétition avec les autres joueurs. On affronte la nature !

Joe Snowball est un fier ambassadeur et un mordu de ce sport. Il a fondé le terrain de golf à six trous qui se trouve en périphérie de Kuujjuaq. « La première fois que j’ai joué, c’était vers 1998. J’avais vu des amis jouer et j’ai décidé de me joindre à eux. Je jouais déjà au hockey, alors je savais comment manier un bâton et je me suis bien amusé. » On trouve quelques terrains de golf au Nunavik, notamment à Aupaluk, à Kangiqsujuaq et à Kuujjuaq. Dans les années 90, les golfeurs de Kuujjuaq étaient obligés de jouer dans une carrière de sable. « Il n’y avait pas beaucoup de
place, la balle se retrouvait toujours en dehors du terrain ! Et quand il y avait du vent, on ne riait pas, car cela provoquait des tempêtes de sable », raconte Joe en riant. Et puis, il y a une dizaine d’années, la construction du chemin Aqpik a ouvert de formidables perspectives aux golfeurs.

Le terrain actuel de Kuujjuaq est solidement implanté et offre une vue imprenable sur la rivière Koksoak. Au début, les verts n’étaient que de vieux tapis récupérés par Joe et ses amis. Mais grâce à
l’augmentation du nombre de joueurs et à l’intérêt d’une nouvelle génération pour le golf, des activités de collecte de fonds ont été entreprises dans le but d’acheter du gazon synthétique. Aujourd’hui, chaque drapeau est entouré d’une parcelle de gazon artificiel d’un vert vif du plus bel effet. Il y a en général des tournois et des matchs amicaux de mai à octobre,lorsque la météo le permet, bien sûr ! À Kuujjuaq, il y a une trentaine de joueurs, hommes et femmes, qui empruntent le chemin Aqpik pour aller jouer au golf sur le terrain de six trous.

Les golfeurs, qui ne peuvent compter ni sur les appareils ni sur la main-d’oeuvre spécialisés nécessaires à l’entretien, doivent scruter le terrain et les verts avant de jouer, et enlèvent tous les objets
qui pourraient être dangereux. « Pour une journée de golf parfaite, il doit faire environ 15 degrés, et le vent ne doit pas dépasser 30 kilomètres à l’heure. Une partie normale comprend  généralement 12 trous, et les joueurs parcourent le terrain deux fois. Nous n’avons pas de système de normale, nous faisons juste une carte de pointage et nous comptons nos coups », explique Joe. Et que se passe-t-il lorsqu’une balle part dans la nature ? « Celui qui perd sa balle a une pénalité d’un coup, comme chez les pros. Si la balle est dans les broussailles, nous nous mettons habituellement d’accord pour la déplacer d’une longueur de bâton, sur le côté ou vers l’arrière, pour permettre au joueur de la frapper convenablement. »

Les règles du jeu sont assez souples et sont adaptées au terrain. Mais pour les golfeurs passionnés, la sensation d’être dehors et de frapper quelques balles l’emporte sur la rigueur. « Pour moi, le golf est un moyen de réduire le stress. Parfois, nous travaillons trop dur, et être dehors fait du bien. On s’amuse entre amis, dans un esprit de saine rivalité. Ça fait vraiment du bien. »

 

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